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La honte

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La honteIl y a souvent de la honte de la part de la personne qui souffre, honte d’aller en parler ou d’accepter de se faire soigner, voire de se mettre en infériorité ?
Tout à fait, c’est un sentiment très fréquent. Dans le traitement des maladies de la
dépendance, nous utilisons la thérapie de groupe associée aux entretiens individuels. Le fait d’entrer dans un système où il y a d’autres personnes qui souffrent de la même maladie et qui se soignent, aide beaucoup à dépasser cette honte, et à se dire : « je ne suis pas seul, il y en a d’autres qui souffrent de la même chose que moi ». De cette manière, les malades peuvent commencer à partager leurs pertes de contrôle, leurs pertes de maîtrise et peu à peu ils émergent comme d’un brouillard et commencent à vraiment se rendre compte de la gravité de la situation.
Je dois dire qu’au moment où les patients arrivent à La Métairie, ils ne sont pas vraiment conscients à quel point ils sont mal, à quel point la situation est grave, à quel point ils constituent un danger pour eux et pour les autres.
C’est seulement après quelques jours de sevrage et de ces thérapies très denses et intenses que les patients commencent à prendre conscience de la gravité de leur état.
Le but de ces premiers jours n’est, bien évidemment, pas de les culpabiliser. Ce n’est pas à force de culpabilité qu’ils vont s’en sortir. Ils commenceront à s’en sortir dès qu’ils se sentiront mieux dans leur peau, dès qu’ils oseront s’exprimer et non s’anesthésier. Ce dernier point est important car, en phase active de la maladie, dès qu’il y avait une colère, une frustration ou même une très grande joie, il en résultait automatiquement un appel à cette substance pour calmer et pour anesthésier. En phase de traitement, les patients commencent à apprendre à vivre leurs différents états d’âme sans consommer. Ils commencent à se responsabiliser, à se respecter et à respecter les autres à augmenter l’estime d’eux-mêmes, souvent ravagée par leur dépendance. Ainsi le sentiment de honte s’estompe-t-il progressivement.

Il peut également y avoir la peur de passer d’une vie dissolue à une vie normalisée si j’ose dire ? La peur de la souffrance que peut engendrer l’interdiction de telle ou telle substance ? Il faut peut-être leur faire comprendre que la vraie souffrance c’était avant ?
Oui, c’est ça, c’est pour cela qu’il y a beaucoup de succès aussi dans le traitement parce que les patients se rendent compte que la vraie souffrance c’était avant, pendant la période au cours de laquelle ils pensaient qu’ils allaient résoudre leurs problèmes en consommant. Finalement ils se rendent compte du cercle vicieux dans lequel ils étaient enfermés, ils se rendent compte que les problèmes ne faisaient que s’aggraver et que cela engendrait de nouveaux problèmes qui s’ajoutaient.
En parallèle de cette prise de conscience, ils découvrent également que le rétablissement implique aussi de trouver une vie saine, équilibrée, harmonieuse, d’être de mieux en mieux dans sa peau. La rencontre avec des personnes qui sont déjà abstinentes depuis 5 ans, 10 ans et qui vivent bien leur abstinence, est souvent une grande découverte. Ils peuvent se dire « si l’autre peut le faire pourquoi pas moi? ». C’est un grand encouragement pour se sortir de l’enfer de la dépendance.

Donc il faut expliquer qu’effectivement la personne va avoir des moments de souffrance lorsqu’elle va choisir de se soigner mais qu’ils seront bien moindre par rapport à la souffrance qu’elle a pu ressentir durant la maladie.


  

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