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Dys-semblables, la dyslexie, un véritable fardeau

Plus qu’un inconvénient passager, la dyslexie est un véritable fardeau. Un soutien scolaire et familial sans faille redonne à l’enfant confiance en lui et en ses capacités.

Il est des handicaps qui ne se voient pas mais qui font ressembler la vie de l’élève à un vrai parcours du combattant.

«C’est à la fois une souffrance et un sentiment d’injustice que ressentent les dyslexiques, rapporte Tania Shakarchi, présidente genevoise de l'association Dyslexie Suisse romande (aDsr). Aucun élève n’a envie de rater sa scolarité et s’ils décrochent, c’est qu’ils finissent par être dégoûtés.»

Trop d’efforts, trop de fatigue ont souvent raison de leur volonté. «L’école, les devoirs à la maison, tout est difficile pour lui, observe Laurence Gaume, logopédiste à Thônex. L’enfant dyslexique se décourage et perd confiance d’autant plus qu’il est perçu comme paresseux et distrait.»

Les troubles dys toucheraient 5 à 10% de la population. La dyslexie est un déficit cognitif spécifique qui entraîne une confusion dans le déchiffrage des mots. Entre que/gue, d/b, p/q, les sons, les lettres se confondent, se mélangent. A côté du terme générique de dyslexie, il y a aussi la dyscalculie, la dysorthographie, la dyspraxie, la dysphasie qui sont autant de dysfonctionnements de l’apprentissage du calcul, de l’écriture, du développement moteur ou de la parole. Le repérage de ces différentes difficultés permet de mettre en place à l’école, des aménagements adaptés. De quoi améliorer la scolarité et rassurer les enfants et les parents concernés.

Un environnement favorable

L’école inclusive a pour mission d’intégrer tous les élèves et de prendre en compte leurs besoins. «Une fois le dossier validé par le secrétariat à la pédagogie spécialisée (SPS), l’école adopte les mesures pédagogiques conseillées par le thérapeute», explique Isabelle Vuillemin, directrice de l'enseignement obligatoire au Département de l'instruction publique (DIP). Seul un logopédiste, un spécialiste extérieur est autorisé à établir un bilan.

En fonction de chaque âge et sur une base de tests, le professionnel analyse les raisons des difficultés que rencontre l’enfant. «Sa rapidité de lecture est évaluée, détaille Mme Gaume. S’il a du mal et que son retard d’acquisition est supérieur à deux ans, on peut alors diagnostiquer une dyslexie.» A partir de ce bilan, des actions concrètes sont appliquées en concertation avec la famille et les enseignants.

Parmi ces aides, on note davantage de temps pour une évaluation ou des exercices avec moins de questions, le recours à des outils comme un ordinateur, un dictionnaire, une calculatrice, une mise en page des documents plus claire dans la formulation, dans la présentation. La notation est également pondérée. Hormis le français et les langues étrangères, les fautes d’orthographe et de syntaxe sont notées moins sévèrement et ne peuvent excéder 10% des points d’un devoir. «Toutes ces dispositions doivent accompagner l’élève entre le primaire et le cycle d’orientation, souligne Mme Vuillemin. Avec chaque direction et les enseignants, on doit être au plus près de la réalité de l’élève.» Depuis 2009, la formation des professeurs comporte un volet relatif aux troubles dys afin de mieux identifier d’éventuels élèves. «La plupart des dyslexiques bénéficiant d’aménagements peuvent réussir leur scolarité et prouver leurs capacités, assure Mme Shakarchi. Ils apprennent à travailler deux fois plus et ceux qui y arrivent ont une force incroyable !»

Certains poursuivent des études supérieures et réussissent brillamment comme le prouve le Vaudois Jacques Dubochet, récent Prix Nobel de chimie 2017 et ayant lui-même souffert de dyslexie durant sa scolarité. Avec l’appui et l’encouragement des parents, des enseignants, il est possible de retrouver l’enthousiasme, l’estime de soi et le goût d’apprendre.

François Jeand’Heur

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