Mais Maman tout le monde en fume !

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Mais Maman tout le monde en fume !

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Mais maman, tout le monde en fume !   
Les vrais enjeux du cannabis.
Prof. Dr Pierre-André Michaud - Médecin chef de l’UMSA

   

La situation actuelle n’est pas simple. Nous vivons dans une société compliquée et pour les parents et pour les adolescents, une société de transition où on note  en même temps la disparition des rites de passage, une absence de repères, une baisse des influences traditionnelles (travail), l’éclatement de la famille et des communautés et une augmentation des produits disponibles.

    
Ces facteurs sont à mettre en lien avec une baisse de l’âge de la puberté et une augmentation de l’interdépendance économique.

    

L'adolescent est pris dans une double contrainte:

  • il doit s'affranchir de la dépendance aux adultes, apprendre à gérer ses émotions, ses activités, ses projets mais en même temps
  • il doit apprendre qu’il dépend des autres, qu’il ne peut tout faire tout seul.

Les conduites de dépendance signent des ratés dans le processus de l’autonomisation et l'incapacité d'affronter cette double contrainte.

     

L’usage de substances est au cœur du phénomène de l’adolescence: toutes les sociétés ont des substances que les adolescents découvrent: c’est l’expérimentation et la découverte de sensations et du plaisir.
L’adolescent a besoin de se mesurer: il a besoin de savoir où sont les limites, en s’appuyant sur elles: il joue avec la loi et regarde, observe ce qui se passe. Il joue avec la loi, la transgresse. Il joue parfois aussi avec la mort, il se sent invincible, les mauvaises choses ne peuvent lui arriver à lui. C’est le déni, la pensée magique.

    

Le cannabis: ses effets, ses risques
On peut retrouver toutes les données épidémiologiques sur www.umsa.ch  - DONNES SMASH-HBSC
   
Cannabis: on assiste à une augmentation spectaculaire de la consommation, mais malgré tout la majorité des jeunes interrogés disent en faire un usage expérimental.
On note une augmentation de l’association alcool/cannabis et un accès précoce au cannabis : les gros consommateurs de cannabis sont aussi des gros consommateurs d’alcool. Les concentrations en THC sont de plus en plus élevées. La loi concernant la consommation de cannabis est appliquée de façon très inégale, il y a de plus en plus une banalisation de la substance et de sa consommation, ce qui crée un climat dans lequel les gens ont du mal à se retrouver.

   
Les principes actifs du cannabis:
Dérivée de la plante Cannabis Sativa, connu dès 2700 avant JC (pharmacopée de Chen-Nong)
Substance psychoactive: D9 - tétrahydrocannabinol (D9 - THC)


Contenu en THC:

    • marijuana: 0.5-5 % (feuilles)
    • haschish: 2-20 % (résine)
    • Huile de haschish: 15-50 %

Les circuits neuro-biologiques activés par le cannabis sont les mêmes que ceux activés par la cocaïne, l’héroïne ou même l’alcool.
Le cannabis n’entraîne pas de dépendance majeure. Mais si à faible dose il est calmant et relaxant, à forte dose il donne des angoisses, provoque une altération de la mémoire à court terme, de l'attention, de la dextérité et du temps de réaction.  Les effets du cannabis durent entre 4 et 6 heures bien que leur perception par le jeune s’estompe rapidement!
    
Beaucoup de jeunes consommant du cannabis régulièrement souffrent de difficultés psychiatriques et il y a une forte association entre la consommation régulière de cannabis et les problèmes scolaires/professionnels. L'usage du cannabis peut représenter une porte ouverte aux drogues dures. L’usage régulier et précoce de cannabis pourrait entraîner des modifications des capacités neuropsychologiques et un risque augmenté de psychose.
  
Cannabis et dépendance: il ne faut pas confondre la dépendance physique avec la dépendance psychologique. Certains jeunes ont besoin de cette consommation pour vivre, ils s’habituent à la consommation. L’arrêt de la consommation n’entraînera pas de sevrage. Le risque de dépendance est d’abord psychologique (symptômes de sevrage à l'arrêt brusque du cannabis: insomnies, angoisses, etc.)
    
De la consommation récréative à l’abus: pourquoi les jeunes abusent-ils?
Ils se laissent entraîner par le groupe, ont du mal à trouver une réponse aux conflits. Ce peut aussi être la fuite d’une situation intolérable au niveau individuel (angoisses, etc.), au niveau familial et social, au niveau professionnel.
Le risque d’abus augmente lorsque la consommation commence tôt et surtout en fonction de la fréquence de consommation.
Ces abus de stupéfiants entraînent des complications liées à la consommation : perte de contrôle, temps passé à se procurer du cannabis, baisse des échanges sociaux, anesthésie des sentiments et blocage des processus de l’adolescence, l’absence de communication, l’endettement, la violence, la rupture professionnelle et la marginalisation.

   

Quand doit-on s’inquiéter?
Il n’y a pas de définition quantitative. Il faut se demander pourquoi ils consomment et quelle est leur relation avec la substance.

 

On peut réagir

  • Quand on note un passage entre une consommation communautaire, un comportement festif, de partage à une consommation personnelle. Il faut réfléchir au mode d’usage.
  • Quand on remarque une utilisation dans des circonstances à risques, une consommation quotidienne.
    Les signes d’appel:
    • Le jeune rencontre des problèmes de santé (maux de tête, maux de ventre…).
    • Il a des absences nombreuses.
    • Il s’isole et est déprimé, il n’est plus créatif.
    • Il a des relations conflictuelles, est agressif et violent (contre autrui ou lui-même) et commet des délits.
    • Ses résultats scolaires sont en baisse ou il a de mauvaises prestations au travail, sa motivation est faible.

Tous ces signaux d’alerte signent une souffrance et doivent faire réagir.
Ils imposent un bilan, une méditation, oser poser des questions, confronter.
Le parent doit observer, discuter ouvertement de la question, voir confronter l’adolescent. Si la situation se dégrade il peut proposer un contrat, poser des exigences, demander de l’aide, une médiation.

      

Le rôle de l’école
Elle doit ouvrir le dialogue de façon informelle, organiser des échanges formels, édicter des règles et les faire respecter en réagissant en cas de dérapage par une sanction et/ou une remédiation.

   

Les stratégies d’intervention
La réduction des risques: il vaut mieux obtenir une diminution des risques que de ne pas arriver à stopper la consommation.
Les interventions brèves pour échanger et dialoguer avec les jeunes, les informer des risques.
Le travail sur l’environnement: peut être un moment où on remet le pied dans un nouveau travail, un apprentissage …
Ce peut être le point de départ d’un nouveau départ.

    

Conclusion
Cette consommation de substances ne peut nous laisser indifférent en tant qu’adulte:
Qu’offrons-nous comme alternative? Quelle place faisons-nous aux jeunes et quel avenir leur réservons-nous? Quels messages leur délivrons-nous et quels sont nos rapports aux psychotropes?

    

Questions:
1. Vaut-il mieux un interdit ferme ou une certaine tolérance?
C’est compliqué pour les parents et les professionnels: par rapport aux substances, on parle de dépénalisation. Il faut savoir que cette dépénalisation est faite pour les adultes, pas pour les jeunes. 
Mais il faut être conscient que l’accès aux substances avant 16 ans est mauvais pour la santé. Si la loi doit être claire et entendue, les parents aussi doivent être clairs dans leurs exigences. Et il y a aussi les convictions personnelles. Il ne faut pas interdire mais dialoguer. Comment se comporter dans telle ou telle situation est plus porteur qu’interdire et sanctionner.
       

2. On dit souvent que fumer un joint est moins nocif que fumer une cigarette...
Cette affirmation n’a aucun fondement scientifique. Au niveau de la santé physique, les deux sont équivalents.
La nicotine est ce qui donne le plaisir au fumeur et c’est une substance qui rend très dépendant et plus vite que le cannabis.
Mais si la cigarette rend plus dépendant, elle n’a pas d’effet psychotrope majeur comme le cannabis. 

La cigarette ne provoque pas d’échec scolaire…

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