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Olivier Chatelain, éducateur et enseignant

Aide éducative et guidance parentale à Genève

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Fessées, gifles, menaces, des violences éducatives ordinaires

Banalisées, mais pas banales

Fessées, gifles, menaces font partie de ce qu'on appelle les "violences éducatives ordinaires". Par habitude ou les pensant efficaces, certains parents y ont encore recours dans l'éducation de leur enfant.

« Qui aime bien châtie bien ». Avouez que ce proverbe donne bonne conscience à l'adulte qui n'hésite pas à lever la main ou à crier sur un enfant récalcitrant. Après coup(s), il aura beau jeu de se dire qu'il a agi dans l'intérêt même de sa progéniture.

C'est toute l'ambiguïté d'une éducation autoritaire somme toute tolérée et qui n émeut pas grand monde.

« Certaines attitudes éducatives sont admises selon les normes sociales ambiantes, observe Philip Jaffé, professeur à l'Université de Genève et membre du Comité des droits de l'enfant de l'ONU. Depuis toujours, les parents tapent leurs enfants et c'est seulement récemment que l'on entend dire que ce n'est pas une bonne idée. »

La notion de violence fluctue et est appréciée différemment selon le pays, l'époque et les mentalités.

« Les interprétations sur les violences parentales sont nombreuses et en Suisse aucune définition n'est universellement applicable et acceptée, constate Yvonne Feri, conseillère nationale et présidente de la Fondation Protection de l'enfance Suisse. Malheureusement, les punitions blessantes sur le plan psychologique et physique sont une réalité quotidienne dans beaucoup de familles suisses. »

Il existe plusieurs formes de violence dans l'éducation et une étude réalisée en 2019 par l'université de Fribourg montre qu'en toutes circonstances, un pourcentage non négligeable de parents adopte une approche basée sur les sanctions.

Abus de pouvoir

A la demande de Protection de l'enfance Suisse, l'Institut de recherche et de conseil dans le domaine de la famille de l'Université de Fribourg a enquêté auprès de plus de 2000 familles.

Il apparaît que les enfants les plus jeunes sont touchés par les châtiments corporels :

  • 4,4% des parents indiquent faire usage régulièrement de violence physique.
  • 23,2% des parents interrogés emploient régulièrement envers leurs enfants des éléments de violence psychologique.

Ces résultats sont en léger recul par rapport à un sondage en 2017, mais attestent en même temps d'une grande stabilité dans les pratiques.

« La violence éducative peut se produire partout, quel que soit le niveau social, ajoute Mme Feri. L'équilibre financier ou émotionnel des parents est un facteur de risque et influe sur le danger d'avoir recours à la violence. »

Tout comme le fait d'avoir subi des violences dans son enfance que l'on reproduit une fois devenu parent, sans vouloir ou pouvoir remettre en cause cet héritage éducatif.

« Et puis en Suisse, on n'aime pas que l'on vienne s'immiscer dans les prérogatives parentales, souligne M. Jaffé. Ce qui peut expliquer la survivance et la croyance dans les vertus de méthodes d'un autre temps. »

Parmi les adultes qui ont connu cette époque où l'autorité rimait avec fessée ou volée, il y en a qui estiment que cela fait partie de l'apprentissage de la vie et que les fesses et les joues rougies forgent le caractère.
Pourtant, les recherches en la matière révèlent les effets négatifs à moyen et long terme des coups reçus, des paroles dévalorisantes et humiliantes entendues.

Sous les bleus, rien de bon ne pousse

Les enfants « corrigés » font des adultes fragilisés. Leur développement cognitif est perturbé, leur relation aux autres est abîmée. Vulnérabilité sociale, mentale, affective, manque de confiance, les blessures de l'enfance affleurent à la surface et les empêchent de s'épanouir pleinement.

« Pour sortir de cette zone grise et de ce « droit de correction », il faut une loi interdisant tout geste physique qui provoque un inconfort aussi léger soit-il, considère M. Jaffé. C'est une réponse complète, claire et inconditionnelle aux différentes appréciations sur le sujet. »

Là, où est en vigueur une telle loi – en Suède, par exemple –, des changements profonds ont eu lieu. Il ne s'agit pas en cas de manquement d'envoyer des parents en prison, mais de leur dire que l'éducation d'un enfant peut se passer différemment, qu'une enfance sans violence est possible et souhaitable.

« On s'aperçoit que les campagnes de prévention sur ce thème interpellent de nombreux parents, note Mme Feri. Ils remettent en cause leurs pratiques éducatives et essayent de les modifier. Ils se montrent plus ouverts et n'hésitent pas à demander de l'aide autour d'eux en cas de problème. »

A l'inverse, il n'est pas question que les enfants vivent sans règles ni limites. Pour bien grandir, ils ont besoin d'un cadre, d'une structure où pour commencer, les parents discutent pour régler les conflits au lieu de se crier dessus, de s'insulter ou pire d'en venir aux mains. Le dialogue, l'écoute, le respect sont de bien meilleurs outils et servent de repères, de valeurs pour réussir plus tard sa vie en société.

François Jeand'Heur

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