Dans de nombreux couples, certaines difficultés liées à la sexualité restent peu évoquées, parfois par gêne, parfois parce qu’elles sont difficiles à nommer.
À certaines étapes de la vie, notamment avec l'entrée dans la parentalité, le couple se retrouve souvent à mettre de côté sa propre intimité — faute de temps, mais aussi d'espace : l'espace mental, constamment occupé par les enfants, la logistique et les inquiétudes du quotidien ; l'espace physique, où la chambre n'est plus ce refuge chaleureux réservé à deux ; et l'espace émotionnel, dont une grande part est désormais absorbée par les enfants. Un sentiment de frustration, de distance ou d'incompréhension peut alors apparaître, et chacun peut se poser des questions sans toujours oser les partager.
Pour certains, cette situation est vécue comme un malaise discret mais persistant — l'impression que quelque chose a changé dans la relation, sans parvenir à mettre des mots dessus.
La sexualité dans un couple ne dépend pas uniquement du désir. Elle est aussi profondément influencée par les conditions concrètes de la vie quotidienne.
Lorsque la parentalité s’installe, plusieurs éléments peuvent se cumuler : fatigue, attention centrée sur les enfants, nouvelles responsabilités, diminution du temps à deux, charge mentale alourdie ou encore transformations corporelles après une naissance.
En consultation, j’observe très souvent que ces changements s’accompagnent d’un décalage dans la vie sexuelle. Non pas parce que le lien amoureux disparaît, mais parce que le couple doit s’ajuster à une nouvelle organisation de sa vie. Le désir peut alors devenir moins spontané, moins présent ou plus difficile à mobiliser dans un quotidien chargé.
“Il/elle ne me désire plus” : ces pensées qui font souffrir
Face à ces changements, chacun peut être amené à interpréter la situation de manière très personnelle.
Certains pensent :
• « Il ou elle ne me désire plus »
• « Nous ne sommes plus comme avant »
• « Il y a un problème dans notre couple »
Ces pensées peuvent être source d’inquiétude, voire de souffrance. Pourtant, elles ne correspondent pas toujours à la réalité. Dans de nombreux cas, il s’agit davantage d’un ajustement à une nouvelle phase de vie que d’une remise en question du lien.
Lorsque ces difficultés ne sont pas abordées, un climat de tension ou de distance peut progressivement s’installer. La sexualité devient alors un sujet sensible, parfois évité par peur de blesser ou de provoquer un conflit. Chacun peut se retrouver à interpréter le comportement de l’autre, sans vraiment savoir ce qu’il ressent.
Ces questions passent souvent au second plan derrière les impératifs du quotidien – ce qui peut renforcer le sentiment d’éloignement ou d’incompréhension au fil du temps.
Par où commencer ?
Il n’y a pas de solution immédiate. Mais certaines approches simples peuvent permettre d’amorcer un changement.
Et si cela reste difficile ?
Lorsque le dialogue ne parvient pas à s'installer, il est fréquent de se sentir seul·e face à la situation, avec l'impression de tourner en rond. Ce n'est pas un manque de volonté — c'est souvent le signe qu'un ajustement est nécessaire face à une nouvelle réalité : celle d'une vie de couple profondément réorganisée par la parentalité, où l'intimité a été mise en veille sans qu'on s'en rende vraiment compte.
Lorsque les tentatives de dialogue n'y changent rien et que ces difficultés persistent depuis plusieurs mois, devenant source de souffrance, en parler avec un·e professionnel·le de santé sexuelle peut aider à mieux comprendre ce qui se passe et à trouver des pistes concrètes pour avancer et se retrouver.