Déni et dépendance

Notre expert

Le déni c'est nier son état. La première phase n’est-elle pas d’accepter que l’on est dépendant de quelque chose et ce n’est pas facile?

Oui le déni est une caractéristique forte de cette maladie. Dénier la maladie, c’est ne pas se rendre compte de tout ce qui va mal et regarder uniquement ce qui va, voire de tronquer la réalité.

   
Exemple typique: une personne rentre ivre morte à la maison tous les soirs ou le week-end. Sa femme va le confronter («Tu as vu dans quel état tu es!»…) mais du fait qu’il n’est pas confronté au travail, il va lui répondre par le déni («mais tu exagères, au travail tout va bien»). Il va se lancer dans des explications, lui dire, par exemple qu’il est très fier de travailler, d’avoir un permis de conduire, d’amener de l’argent à la maison, etc. Il ne se rend pas compte que ses relations familiales se dégradent, qu’il s’éloigne de ses enfants, qu’il n’assume plus ses fonctions ni de conjoint, ni de parent à cause de sa consommation. Le malade dépendant réduit sa vision à un tunnel où il ne voit que ce qui semble aller et ignore ou ne voit pas ce qui ne va pas ou ce qui risque de ne plus aller (licenciement, divorce, accident…). Progressivement, les choses iront de mal en pire.
Parfois l’entourage va essayer de le «protéger», va cacher la situation. Par codépendance et avec les meilleures intentions du monde, les personnes proches peuvent involontairement empêcher le malade dépendant de faire face aux conséquences de son comportement. Alors, il va continuer dans son déni. Il va se réveiller tranquillement le matin, repartir et reproduire ses habitudes.

Et dans son déni le danger c’est peut-être de culpabiliser l’autre, en l’accusant de créer des problèmes…?

Oui, en effet. Un malade dépendant, dans la phase de déni de la maladie, peut être très convaincant et si efficace qu’il arrivera à faire douter l’autre (son conjoint) à propos des accusations qu’il professe. Beaucoup de proches ou de conjoints de personne dépendante finissent par consulter leur médecin, leur psychologue, leur assistant social, car ils en viennent à ne plus être sûrs de ce qu’ils perçoivent, voient, entendent, de ce qui est normal ou pas, etc…
Lorsque le déni est fort, il empêche les personnes dépendantes de se soigner. Pour d’autres maladies les gens se soignent beaucoup plus vite. Ils repèrent qu’ils ont mal aux dents, ils vont chez le dentiste. Pour la maladie de la dépendance, il faut souvent perdre beaucoup et perdre des choses ou des gens auxquels on tient pour entreprendre une démarche de soins. Autrement dit, l’acceptation c’est le contraire du déni.

Il faut qu’il y ait des éléments perturbateurs qui viennent dans sa vie tels que perdre son travail, l’éloignement de ses enfants, pour commencer éventuellement à accepter cet état.

En général il y a un ultimatum de la part des proches ou de l’employeur, pour autant qu’il ait un travail auquel il tient, car dans le cas contraire, ça n’aura pas beaucoup d’importance. Mais il faut souvent un levier important pour briser ce déni. Quelques fois on organise une réunion au cours de laquelle la personne est confrontée aux personnes qui sont affectées par son comportement. De cette manière, le malade peut commencer à prendre conscience de sa maladie.

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